Le prof idéal est celui « qui laisse ses élèves manger des biscuits »
Société, Éducation Pas de commentaires »Quelles sont les qualités du prof idéal ? C’est la question qu’a posée La Presse dans son édition du 3 septembre pour tenter de tracer le portrait du professeur parfait. Pour répondre à cette question, on a interrogé des chercheurs, des élèves, des parents, des enseignantes et enseignants et des directeurs d’école. La pluie d’épithètes n’a pas tardé à se répandre dans les trois pages consacrées au sujet. Le prof idéal serait : efficace, attachant, passionné, engagé, flamboyant, drôle, chaleureux, sympathique, coopératif, patient, ferme, honnête, créatif, généreux, rigoureux, gentil, bon orateur, psychologue, charismatique. Ouf ! Y-a-t-il quelque part un prof qui se reconnaît ? Vite, donnez-nous vite votre nom qu’on vous canonise…
Prenons garde d’entretenir des mythes
Ce genre d’article n’a rien de bien méchant, bien au contraire, surtout quand il souligne qu’ « enseigner est un métier de haute exigence au plan moral et affectif ». Un métier mal reconnu socialement, particulièrement quand on se fie aux « salaires dérisoires » qui y sont versés. Mais après avoir terminé la lecture de cet article, je me suis demandé si cette quête du prof idéal n’entretenait pas le mythe qui fait reposer le succès des élèves principalement sur les qualités humaines et professionnelles de l’enseignant. Les habiletés d’un prof ont certes une incidence sur la réussite, mais il faut tout de même reconnaître que celle-ci repose sur une multitude de facteurs tels que le statut socioéconomique, les aptitudes, les acquis, la motivation, les services professionnels disponibles, l’appui de la famille, etc.
L’enseignement n’est pas un concours de popularité
Certains enseignants plus charismatiques sont très populaires, mais prenons garde, l’enseignement n’est pas un banal concours de popularité. Il y a des profs qui font preuve de rigueur et de compétence et qui ont moins la cote avec les jeunes parce qu’ils ont des personnalités plus distantes ; des profs exigeants avec lesquels les élèves apprennent beaucoup. La question centrale qui doit se poser n’est pas « Quel prof as-tu le plus aimé ? », mais bien « Qu’as-tu appris ? ». Et puis, tel enseignant passionné sera le prof idéal d’un élève et en laissera un autre indifférent. Tout est relatif.
Race to the top
Aux États-Unis, le mythe du prof idéal est maintenant inscrit dans un programme intitulé Race to the top qui a introduit, dans plusieurs États, l’évaluation des enseignants et la paie au mérite. Selon la National Education Association (NEA), un des objectifs de ce programme est de faire correspondre le salaire des enseignants avec le résultat de leurs élèves. Si les élèves réussissent mal, les profs seront moins bien payés ou encore congédiés. Voilà une politique qui n’incite pas beaucoup de monde à enseigner dans les milieux défavorisés. Espérons qu’au Québec, on ne sera pas entraîné dans une telle dérive.
Tout compte fait, le prof idéal est peut-être celui dont on se souvient toute la vie, à moins que ce ne soit , comme le laissait entendre un jeune interrogé par La Presse, celui« qui laisse les élèves manger des biscuits pendant les heures de classe ».
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