Cette semaine, j’ai pris connaissance des résultats de l’enquête menée par la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE), qui révèle l’insuffisance chronique de services professionnels dans toutes des régions du Québec. Incroyable, mais vrai ! En 2010, au Québec, des élèves en difficulté attendent souvent des mois, parfois des années, avant de pouvoir obtenir l’aide spécialisée indispensable à leur réussite. Certains ont la chance de pouvoir rencontrer une orthophoniste, un psychologue, un psychoéducateur ou un orienteur pour une première évaluation, mais des milliers d’entre eux ne peuvent obtenir le suivi que nécessitent leur état, car nos professionnels en ont plein les bras. Certains sont même obligés de se remplacer eux-mêmes pendant leur congé. Faut le faire ! Et on s’étonne des taux élevés de décrochage.

En lisant les témoignages troublants de ce dossier où sont compilées les observations de plus de 1 000 professionnels, j’ai pensé à un slam de Grand corps malade, L’éducation nationale.  Cette question toute simple du célèbre slameur m’est revenue à l’esprit : « Un établissement scolaire sans vrai moyen est impuissant. Comment peut-on faire de l’économie sur le dos de nos enfants ? ». Car c’est bien de cela dont il s’agit : d’économie à courte vue. Nombre de parents sont obligés de se tourner vers le privé pour obtenir l’aide professionnelle que devrait pourtant leur offrir l’école publique. Ainsi, des élèves en difficulté de parents mieux nantis obtiennent l’aide requise alors que des milliers d’autres sont abandonnés à eux-mêmes. On alimente ainsi le cercle vicieux de l’échec scolaire auquel le gouvernement prétend vouloir mettre un terme. C’est ça l’éducation à deux vitesses.

« Alors si tout se joue à l’école, il est temps d’entendre le SOS
Ne laissons pas se creuser le fossé d’un enseignement à deux vitesses. »

Malgré les différences notables entre les systèmes scolaires français et québécois et les problèmes forts distincts des banlieues des deux pays, ce slam m’a semblé refléter assez bien la situation de l’école québécoise.

« Les classes sont surchargées pas comme la paye des profs, minés
Et on supprime des effectifs dans les écoles déjà en apnée
Au contraire, il faut ajouter des profs et d’autres métiers qui prennent la relève
Dans les quartiers les plus en galère, créer des classes de 15 élèves. »

Nous faudra-t-il, à nous aussi au Québec, un poète slameur percutant pour faire entendre la voix des artisans de l’école publique et secouer la désespérante torpeur de l’appareil ? En attendant ce moment de grâce, je vous invite à joindre votre voix à celle des professionnels en signant, sur le site de l’Assemblée nationale, la pétition électronique qui exige l’amélioration des services professionnels dans nos écoles.

« Alors continuons de dire aux petits frères que l’école est la solution
Mais donnons-leur les bons outils pour leur avenir car attention
La réussite scolaire dans certaines zones pourrait rester un mystère
Et l’égalité des chances, un concept de ministère. »

Je me réjouis d’écouter un artiste qui a le courage de ses opinions. Un homme qui reconnaît l’engagement de ceux qui œuvrent dans le système public. Un poète qui prend le parti des plus démunis sans faire de compromis.

Liens

Pétition réclamant l’accès aux services professionnels dans les écoles

FPPE, L’insuffisance des services professionnels dans les commissions scolaires du Québec, Commentaires des professionnelles et professionnels des syndicats affiliés à la FPPE et au SPGQ, mars 2010, 100 pages.

Grand corps malade, Enfants de la ville, Site officiel

Éducation nationale, le clip vidéo

La place d’un élève n’est pas sur une liste d’attente: photoroman L’attente de Mathieu