La tragédie du viaduc de la Concorde et les morts qu’elle a entrainés ont secoué la torpeur du gouvernement. Les innocentes victimes d’une décennie de négligence ont contraint l’État à rénover nos infrastructures routières. Il était temps ! Il fallait de toute urgence investir dans nos routes et dans nos ponts afin d’assurer la sécurité des automobilistes et de redonner confiance à la population. Cette décision gouvernementale explique d’ailleurs en partie pourquoi la crise économique a fait moins de ravages au Québec qu’ailleurs au Canada : un grand nombre de personnes était au travail au plus fort de la crise en raison des dépenses de l’État.

Bien qu’il reste encore d’importants chantiers à compléter sur nos routes, le temps est maintenant venu pour le gouvernement du Québec d’investir dans l’humain. La négociation lui offre une occasion inespérée de le faire. L’expertise des hommes et des femmes qui dispensent les services dans nos services de garde, nos écoles, nos cégeps, nos hôpitaux, nos services sociaux est une grande richesse pour la population. Il faut la préserver.

Dans plusieurs métiers et professions du secteur public, des pénuries de personnel se font lourdement sentir ; dans d’autres, elles pointent à l’horizon. Plusieurs professionnels se dirigent vers le secteur privé, où ils obtiendront de meilleurs salaires, plutôt que de contribuer à l’amélioration des services publics. Et ce n’est pas tout. Devant la surcharge de travail et le manque de moyens, nombre de nos gens dans le secteur public souffrent d’épuisement professionnel et tombent malades, accroissant ainsi la charge de travail de ceux qui restent. Il faut donc investir de façon importante dans l’ensemble des conditions de travail, y compris dans la rémunération, si nous voulons maintenir les gens en emploi et attirer des candidats de qualité pour assurer la pérennité de nos services publics.

Les clichés éculés de certains médias et des radios poubelles sur les gras dur des services publics ne tiennent plus la route devant les multiples études sur l’épuisement professionnel et sur la rémunération globale des secteurs public et privé. D’ailleurs, une lettre d’opinion de Jacques Rouillard, professeur émérite au Département d’histoire de l’Université de Montréal, parue dans l’édition du 17 mars du journal Le Devoir, confirme les constats de la CSQ et du mouvement syndical.

« Les faibles augmentations consenties en 2005 maintiennent toujours en 2009 la rémunération globale des employés de l’État (comprenant avantages sociaux et heures de travail) sous la moyenne des emplois comparables avec le secteur privé syndiqué (-10%), l’administration fédérale (-14 %), et même l’ensemble des salariés québécois  (-3,7 %) qu’ils soient syndiqués ou pas. »

Et voilà que le gouvernement propose d’appauvrir davantage, soit de 8,4 %, les salariés du secteur public pour la durée de la prochaine convention. Incroyable, mais vrai ! Qu’on ne se trompe pas : cet appauvrissement a aussi un impact négatif sur la rémunération de l’ensemble de la population, comme nous le rappelait le professeur Rouillard dans sa lettre de ce matin.

« Les augmentations obtenues dans le secteur public, qui sont en deçà de l’inflation depuis trente ans, contribuent à maintenir, en moyenne, les hausses salariales de l’ensemble de la population sous la hausse des prix. Depuis trois décennies, les salariés n’augmentent pas leur pouvoir d’achat même si, en général, la croissance économique est au rendez-vous. »

Les constats de cet universitaire nous amènent à analyser de façon extrêmement critique les discours des lucides et des principaux partis politiques – les libéraux depuis toujours et le Parti Québécois depuis la semaine dernière – qui font l’éloge de la richesse. Comme on peut le constater, chiffres à l’appui, il ne suffit pas de créer la richesse : encore faut-il la redistribuer pour que tous en profitent. En avez-vous déjà douté ?

Liens

Jacques Rouillard, Négociation du secteur public, Une richesse dont les salariés ne voient pas la couleur, Le Devoir, opinion, 17 mars 2010 page A9

CSQ : recherche du professeur Angelo Soares de l’UQAM Un salarié de la CSQ sur trois est en situation à risque d’épuisement professionnel au travail.

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Le président de la CSQ a peu d’espoir de s’entendre avec Québec, Cyberpresse, Actualités, 17 mars 2010

Jacques Rouillard, Université de Montréal