Loi spéciale : l’erreur étudiante ?
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Après toutes ces semaines de mobilisation exceptionnelle, les associations étudiantes se retrouvent face à une loi spéciale extrêmement sévère sans même avoir pu rencontrer le premier ministre du Québec une seule fois. Pourtant, l’ampleur du conflit justifiait, à tout le moins, une petite discussion de quelques minutes avec le chef du gouvernement. Quelle erreur les associations étudiantes ont-elles bien pu commettre pour n’avoir pu trouver grâce aux yeux du chef et se retrouver dans pareil cul-de-sac ?
Une écoute sélective
Pourtant, Jean Charest est un homme très disponible, les gens d’affaires vous le confirmeront. Malgré les lourdes responsabilités de chef d’État qui lui incombent, il suffit d’un simple appel pour qu’il se précipite au souper d’une chambre de commerce expliquer son Plan Nord. Il paraît même, selon certains médias, qu’il ne se fait pas prier pour passer quelques jours au domaine Sagard de la famille Desmarais pour faire jasette avec les grands patrons de Power Corporation, en toute amitié. Mais quand plus de deux cent mille citoyens et étudiants manifestent dans la rue, il ne les entend pas. Son écoute devient plus sélective, c’est le moins que l’on puisse dire.
Une éthique à géométrie variable
Ce dernier invoque l’appui d’une majorité de la population depuis des semaines pour tenter de forcer le retour en classe des étudiants grévistes par la voie de la judiciarisation, transformant ainsi nos lieux de haut savoir en véritable zone de combat. Ce faisant, il exacerbe les antagonismes parmi les étudiants, et crée un climat de tension intenable et surtout incompatible avec la mission d’éducation de nos institutions d’enseignement. Par contre, tout récemment encore, le même chef d’État faisait la sourde oreille à une majorité de la population qui a réclamé pendant des mois et des mois une enquête publique sur le financement des partis politiques et la corruption dans le domaine de la construction. Il n’a finalement consenti à créer la commission Charbonneau qu’au moment où il était au pied du mur. Pourtant, pas besoin d’être un grand devin pour s’imaginer que les factures gonflées de certaines firmes d’ingénieurs et de constructeurs pourraient dépasser, et de loin, les sommes que le gouvernement peut espérer percevoir d’une hausse éventuelle des droits de scolarité.
Quand on connaît les liens étroits entre les collecteurs de fonds du parti et certains membres de ce gouvernement avec les généreux donateurs à la caisse électorale du Parti libéral, on en arrive à se demander si la plus grande erreur du mouvement étudiant n’aura pas été de n’avoir jamais participé à un cocktail de financement de ce parti.




18 mai 2012 à 7 h 11 min
La démocratie ne se porte pas bien au Québec
Quand le crime organisé s’en sort mieux qu’un mouvement étudiant,
la démocratie ne se porte pas bien.
Quand les politiques injustes sont imposées – après les matraquages et « gazages » de rigueur – à coups de lois spéciales,
la démocratie ne se porte pas bien.
Quand l’expression pacifique de plusieurs centaines de milliers de personnes (sur une population ne dépassant pas 10 millions de personnes par exemple) ne trouve aucun écho dans les sphères gouvernementales,
la démocratie ne se porte pas bien.
Quand les stratégies à courte vue mènent les actions des personnes temporairement au pouvoir,
la démocratie ne se porte pas bien.
Alors, d’après moi : la démocratie ne se porte pas bien au Québec, en ce printemps 2012.
Béatrice
Montréal, le 18 mai 2012, sous la menace du projet de loi 78
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