Voici une offre d’emploi fictive, mais pas moins réelle pour autant. Une offre d’emploi pour nous faire réfléchir à la situation d’exploitation que subissent des milliers de femmes au Québec depuis plusieurs années déjà. Une situation d’iniquité à laquelle le gouvernement ne semble pas pressé de mettre fin. Voici donc à quoi pourrait ressembler cette offre d’emploi.

Ces postes s’adressent à des personnes d’une patience infinie. Les candidates doivent aimer relever les défis, faire preuve d’un grand sens des responsabilités et être adeptes de la simplicité volontaire.

Description des tâches reliées à l’emploi :

  • Prendre soin d’environ six enfants tous les jours de la semaine
  • Préparer les menus santé
  • Désinfecter les jouets tous les jours
  • Planifier des activités d’apprentissage structurées
  • Habiller et déshabiller les enfants pour les sorties à l’extérieur
  • Tenir la comptabilité
  • Rendre des comptes au Bureau coordonnateur de la région
  • Horaire de travail de dix heures par jour

La semaine de travail est d’une durée moyenne de 60 heures. Veuillez prendre note que cette offre d’emploi ne prévoit ni protection sociale, ni jour de congé, ni vacances. La rémunération est en deçà du salaire minimum.

Par contre, les personnes qui occuperont ces postes pourront se consoler en se disant qu’elles exercent un des métiers les plus importants qui soient : prendre soin de vos enfants.

Les personnes intéressées doivent faire parvenir leur CV au bureau coordonnateur de leur région, un organisme entièrement financé par l’État québécois.

Une rémunération en deçà du salaire minimum

À la lumière de cette offre d’emploi révélatrice, est-il surprenant qu’hier on pouvait lire ceci dans un article du journal La Presse : « Au Québec, la majeure partie des places en garderie à 7 $ ne sont pas offertes en CPE, mais plutôt en milieu familial. Pas étonnant, ces places coûtent deux fois moins cher. »

Et savez-vous pourquoi ces places coûtent moins cher ? Je vous le donne en mille. C’est parce que près de 15 000 femmes dans leur foyer financent ce système, par leur salaire de misère qui est en deçà du salaire minimum et par des conditions de travail inférieures aux normes minimales du travail, et ce, depuis près de douze ans.

Dans le même article, la ministre Yolande James affirmait ceci concernant la négociation des conditions de travail des responsables de garde en milieu familial : « Tout est à faire. Tout est à écrire. » On n’aurait pas su si bien dire. Évidemment quand on n’a presque rien, tout est à faire. Pourtant, après huit mois de négociation et plusieurs rencontres de haut niveau, on fait du surplace. Le gouvernement n’a donné suite à aucune des revendications fondamentales des RSG.  Les négociateurs, que la ministre affirme avoir mandatés pour « faire et écrire», ne semblent pas être des auteurs très prolifiques. C’est le moins qu’on peut dire…

La garde en milieu familial est un des derniers ghettos du travail féminin au Québec en 2010.  La ministre Yolande James et la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, ont pourtant une occasion unique de passer à l’histoire et de laisser une trace significative de leur passage dans les plus hautes fonctions de l’appareil d’État en posant des gestes concrets pour que cette discrimination éhontée du travail des femmes cesse dans les plus brefs délais.

Sauront-elles saisir cette occasion ? À l’approche de la Marche mondiale des femmes, il y a là matière à réflexion pour ces femmes de pouvoir que sont Mmes James et Courchesne ainsi que pour l’ensemble de la société.

Après tout, la patience infinie de ces femmes a peut-être aussi une limite. Il me semble même la voir poindre à l’horizon. Pas vous ?